Une assemblée de syndicat de copropriétaires qui bascule dans le conflit
Chronique · Gouvernance de copropriété

Quand la gouvernance de copropriété devient un conflit humain

Par Isabelle Sergerie, pacificatrice organisationnelle · médiatrice accréditée IMAQ

Les crises dans les syndicats de copropriété commencent rarement par un désaccord majeur. Elles émergent souvent d'un détail : une communication trop rapide, une décision mal expliquée, une inquiétude non entendue. Puis, progressivement, la méfiance s'installe.

C'est ce qui s'est produit dans une copropriété de plus de 200 unités où l'annonce d'un projet majeur de réfection de l'enveloppe du bâtiment — représentant plusieurs millions de dollars — a déclenché une escalade inattendue. Ce qui devait être un exercice normal de gouvernance s'est transformé en conflit ouvert entre le conseil d'administration et les copropriétaires.

Au départ, le conseil agit avec diligence : un rapport d'ingénieur est présenté, les travaux sont jugés nécessaires et urgents. Mais la communication est technique, rapide, et laisse peu d'espace aux questions. Plusieurs copropriétaires ont alors l'impression que la décision est déjà prise. La perception d'exclusion s'installe.

Le problème n'est pas la décision elle-même. Le problème, c'est la manière dont elle est vécue.

Rapidement, les échanges se déplacent vers les courriels collectifs. Puis vers les réseaux sociaux. Les interprétations circulent. Les inquiétudes financières amplifient les réactions. Le conseil, de son côté, se replie et adopte une communication plus formelle. Les positions se rigidifient. Le dialogue disparaît.

Lors d'une assemblée extraordinaire, la tension atteint son point de rupture. Les interventions deviennent émotives, les reproches personnels apparaissent, et la confiance est profondément fragilisée. Le conflit n'est plus technique : il devient relationnel.

La gouvernance en copropriété est d'abord humaine

Cette situation illustre une réalité souvent sous-estimée. Les conseils d'administration sont composés de bénévoles qui portent une responsabilité importante. Les copropriétaires, eux, prennent part à des décisions qui touchent directement leur patrimoine et leur sécurité financière. Lorsque ces deux réalités ne se rencontrent pas dans un espace de dialogue, le terrain devient propice à l'escalade.

Dans ce cas précis, plusieurs éléments ont contribué à la crise :

Ces facteurs ont progressivement transformé un projet technique en conflit identitaire. Les conséquences ont été concrètes : démissions d'administrateurs, retards dans les travaux, climat de méfiance et coûts additionnels liés à des consultations juridiques. Une situation coûteuse, tant sur le plan financier que relationnel.

Ce que la médiation a permis

Ce n'est qu'avec l'intervention d'une démarche de médiation que le dialogue a pu être rétabli. Des rencontres individuelles, des espaces de discussion et une révision des processus de communication ont permis de reconstruire progressivement la confiance. La crise a alors laissé place à une gouvernance plus collaborative.

Informer ne remplace pas écouter. Expliquer ne remplace pas dialoguer.

En copropriété comme en entreprise, la perception de ne pas être considéré alimente la résistance. À l'inverse, la transparence et l'écoute réduisent l'opposition, même lorsque les décisions sont difficiles.

La médiation préventive demeure l'un des outils les plus efficaces pour éviter ces dérives. Elle permet d'aborder les préoccupations avant qu'elles ne deviennent des positions. Elle transforme les réactions en dialogue.

Car lorsqu'un conflit éclate dans une copropriété, ce ne sont pas seulement des décisions qui sont contestées : ce sont des relations qui se fragilisent.

Et lorsqu'une communauté perd confiance…même les meilleures décisions deviennent difficiles à accepter.
Médiateur accrédité en matière civile — Québec
Isabelle Sergerie — présidente, Médiation organisationnelle PRD · conciliatrice, médiatrice organisationnelle civile, commerciale et en milieu de travail, mode de prévention et de règlement des différends, accréditée par l'IMAQ · 514-209-8999.
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